Jardin d’agrément, de plaisir et de beauté, la Roseraie du Val-de-Marne est devenue un jardin public mondialement connu. On y découvre une collection de plus de 2 900 variétés de roses, mises en valeur dans un jardin à la française de 1,5 hectare.
Ce jardin, homologué "Conservatoire des Collections Végétales Spécialisées" et inscrit à l’inventaire des monuments historiques, a également été labellisé, depuis 2011, "Jardin remarquable". Ces milliers de roses y sont réunis en 13 collections uniques en fonction de leurs origines, de leur histoire et de leurs variétés.

Une étape mémorable dans l’histoire de l’art des jardins

Edouard André, Jules Gravereaux et son fils Henri sont les créateurs d’un jardin d’exception : le premier jardin entièrement dédié aux roses. Tous trois ont ainsi inventé un nouveau style de jardin : « la Roseraie ».  Ils démontrent qu’un jardin de collection peut aussi être un jardin d’agrément et que le rosier dans sa diversité permet à lui seul de créer un jardin selon les principes du jardin à la française. De nombreuses variétés de rosiers, des supports différents, des éléments d’architecture, des sculptures ainsi que la reprise du vocabulaire du jardin permettent cette réinterprétation. Sa singularité a d’ailleurs été reconnue, la Roseraie du Val-de-Marne ayant été inscrite sur l’inventaire supplémentaire des monuments historiques en août 2005.


L’œuvre d’un seul homme : Jules Gravereaux

Jules Gravereaux a fait fortune aux côtés de la famille Boucicaut, lors de la création du magasin le Bon Marché. Jeune retraité passionné de photographie, il séjourne dans l’obscurité du laboratoire de sa propriété de l’Haÿ. Madame Gravereaux l’incite à profiter du grand air.

En 1894, M. Gravereaux commence donc sa collection, ses hybridations et études de la reine des fleurs. En 1899, possédant 1600 espèces et variétés de roses, il fait appel à Edouard André, architecte-paysagiste de renom, pour s’occuper de la mise en scène de ce qui deviendra la première roseraie au monde.

Il devient collectionneur aguerri puis scientifique de notoriété internationale. En 1910, il a réalisé son rêve en réunissant toutes les formes du genre Rosa connues à cette époque, soit 8 000 types. Il demande alors à son fils Henri de dessiner les plans de la Roseraie. Elle s’étend aujourd’hui sur 1,5 hectare.


Une tradition festive : le théâtre de verdure

 En 1905, Jules Gravereaux rencontre les Rosati, troupe de théâtre créée en 1776, regroupant une société des gens de lettres, célébrant la femme et l’amitié. Gravereaux leur propose d’organiser des représentations dans sa propriété. Ainsi naît le « théâtre de verdure » de la Roseraie.

Ce théâtre est à l’extrémité sud de la Roseraie. La scène est en plein air, engazonnée et appuyée sur les arbres du Parc. Pendant de nombreuses années, ce théâtre servit de cadre à des spectacles brillants - danse, théâtre - accueillant les plus grandes personnalités du moment. Jardin mondain, il était le témoin du style de vie d’une famille bourgeoise de la Belle Epoque.

Le musée de la rose, un fonds d’archives considérable !

Alors que la rose lui avait livré presque tous ses secrets botaniques, Gravereaux se prend d’intérêt pour sa symbolique et entame le  projet de collectionner toutes sortes de documents et objets sur celle-ci. Le bureau et le laboratoire deviennent le musée-bibliothèque de la rose.

Classés en quatre sections - sciences, lettres, beaux-arts et arts décoratifs - céramiques, peintures, tapis, soieries, timbres et bibelots en tous genres, côtoient une bibliothèque spécialisée en rhodologie contenant livres, revues, herbiers et dossiers documentaires classés par thème.

Aujourd’hui, la plupart de ces 11 000 objets est conservée aux Archives départementales du Val-de-Marne. On y trouve également le fonds Legrand-Cochet comprenant la série complète du Journal des roses créé par Charles Cochet ainsi qu’une édition des Roses peintes par Pierre-Joseph Redouté (1829).

Vingt deux ans durant, J. Gravereaux fera preuve de permanence, rigueur et modernité dans sa démarche, à l’exemple de l’amateur éclairé des XVIIIe et XIXe siècles.

Collectionneur de roses botaniques mais aussi savant rhodologue, il travaille à la création de roses nouvelles par hybridation de types sauvages. Il crée ainsi une vingtaine de roses telles que 'Mme Ancelot', 'Mme Jules Gravereaux'… Ses multiples recherches permettent alors la progression des méthodes de culture.

A sa mort en 1916, Gravereaux laisse à la postérité une collection aussi riche et ordonnée que les connaissances botaniques de l’époque le permettent.

En 1937, la propriété est vendue au Département de la Seine. En 1968, le Département du Val-de-Marne en reprend la gestion. Depuis, le patrimoine n’a cessé d’évoluer et la collection actuelle comprend 50 % de variétés créées avant 1916 et 85 % de variétés créées avant 1940.

> Consulter le fond d'archives :  "Musée de la Rose : inventaire des documents numérisés" sur le site des Archives départementales du Val-de-Marne.

Le pouvoir olfactif des roses. Un laboratoire vivant en plein air.

Dès le XIXe siècle, les nouvelles techniques d’hybridation des roses ont permis aux obtenteurs de créer des formes de fleurs nouvelles et des couleurs toujours plus éclatantes… Mais ces créateurs ont oublié le parfum !

En 1901, J. Gravereaux est chargé par le ministre de l’Agriculture d’une mission sur les roses à parfum dans les Balkans. Comment développer une activité économique similaire en France ? Après une étude sur le terrain pour étudier les méthodes de culture bulgares, Gravereaux consacrera quatre ans à l’obtention par hybridation de nouvelles roses à parfum et à perfectionner les procédés de distillation. Ces recherches donneront naissance à la 'Rose à parfum de L’Haÿ'.

Aujourd’hui, les créateurs de parfum parcourent la Roseraie en tous sens. Véritable laboratoire vivant en plein air, elle leur offre sa large palette de senteurs les plus subtiles.

 

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